Jean-Michel Duriez Parfumeur-Créateur

Posté par Jean-Michel Duriez le 10 novembre 2016

Si j’ai une chance dans la vie, c’est bien celle d’exercer le métier dont je rêvais enfant.

Ce métier, compositeur de parfums, est inconnu, mystérieux. Il pose beaucoup d’interrogations. Depuis le livre « Le Parfum » de Patrick Süskind, le personnage de Jean-Baptiste Grenouille suscite tous les fantasmes. Mais quelle est la réalité de ce métier ? On me demande souvent comment je suis arrivé là. Je dois bien reconnaître que mon chemin était tout sauf évident. Voici donc le parcours d’un nez en l’air.

Une vocation de toujours

À 12 ans déjà, je collectionnais les échantillons, les flacons vides, les publicités de parfums. Je reconnaissais le parfum des gens, je m’amusais à mélanger des pétales de roses du jardin dans l’alcool subtilisé dans l’armoire à pharmacie. Je m’étais constitué une petite mallette avec mes échantillons de parfums préférés, et elle me suivait partout. Il était de notoriété familiale que lors un départ en vacances, l’oubli de la mallette signifiait un retour immédiat à la maison !

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J’étais amoureux des parfums mais ma connaissance de ce métier s’arrêtait aux noms célèbres de ceux qui les signent. Il a fallu des années avant que je comprenne qu’il y avait des « nez » derrière mes parfums adorés. C’est un bien étrange modèle que celui de l’industrie du parfum. Des griffes de couturiers ou de joailliers (et aujourd’hui de … n’importe qui), devenus célèbres par leur talent, qui se greffent sur un domaine où les artistes sont des hommes et des femmes de l’ombre. Un jour j’écrirai un billet sur ce sujet étonnant.

Avec un tel flou, un gamin de 12 ans qui tombe amoureux des parfums ne peut imaginer une seconde que sa passion peut devenir son métier !

« l’Institut Supérieur International du Parfum (ISIP) proposait de devenir créateur de parfums. Vent de folie dans la maison ! »

C’est un grand coup de chance que j’ai eu après le bac, alors qu’il me fallait d’urgence m’inscrire dans une fac dont aucune ne me tentait, de tomber sur l’encart publicitaire qui changea ma vie. C’était dans le Guide de l’Étudiant : l’Institut Supérieur International du Parfum (ISIP) proposait de devenir créateur de parfums. Vent de folie dans la maison ! J’informais immédiatement mes parents que c’est là que je voulais m’inscrire et nulle part ailleurs, nonobstant le coût élevé des études et le fait qu’il me faudrait déménager à Versailles puisque c’est là que l’école se trouvait. Elle y est toujours sous le nom d’ISIPCA.

Mes parents acceptèrent de m’inscrire et de m’aider à vivre cette passion, je me sens encore aujourd’hui très privilégié d’avoir bénéficié de ce soutien. Je me souviendrai toujours de mon entretien de sélection où l’on me disait que mes résultats au bac étaient trop faibles, mais où Mme Monique Schlienger, professeure de parfumerie et fondatrice de Cinquième Sens, avait détecté en moi une passion brûlante. C’est elle qui défendit ardemment mon dossier contre l’avis général et c’est bien grâce à elle que mon entrée s’est faite dans le monde du parfum. Merci Madame pour votre soutien et votre… nez !

Si en lisant ces lignes, un enfant de 12 ans comprenait que sa passion brûlante pour les parfums peut être assouvie en rejoignant plus tard l’ISIPCA, alors j’aurai perpétué ce cercle vertueux, un passage de témoin que j’ai eu plusieurs fois la chance d’attraper.

Les (belles) années d’apprentissage

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Je me souviens très précisément de mon entrée dans le laboratoire de l’ISIP. C’était à la rentrée, à la fin de la première journée, nous étions une trentaine d’étudiants en première année, nous avions demandé à la responsable du laboratoire de nous laisser entrer. « Juste pour visiter, c’est promis ». En réalité la visite s’est terminée par un foutoir insensé, chacun de nous s’emparant d’un flacon pour y mélanger des ingrédients, juste « au pif » et sans écrire de formules. Nous avons littéralement pris d’assaut le labo et dévalisé les placards. J’aurais probablement pleuré des années si mon essai avait été fabuleux, n’ayant rien noté de sa composition !

Le lendemain le directeur de l’école nous passa un savon, nous ne l’écoutions pas. Nous étions 30 étudiants pleins de rêves parfumés dans la tête, rien ne pouvait entacher notre engouement. Nous faisions régulièrement des soirées olfaction avec des blind-tests olfactifs en refaisant le monde de la parfumerie, là où d’autres regardaient des matchs de foot à la télé.

« …nous passions en revue des dizaines d’échantillons de roses venant de Bulgarie, Turquie, Maroc, et bien sûr la rose de mai venant de Grasse. »

C’étaient de très belles années de découverte. Après l’ISIP où je ne suis resté qu’un an, puis un stage de parfumerie à Grasse où je ne suis resté que 3 mois, j’ai assidument continué mon apprentissage et ma recherche d’emploi. J’ai eu l’immense chance de partager de nombreuses séances d’olfaction avec Jean Kerléo au laboratoire Jean Patou de Levallois Perret. Pour le parfum Joy, la maison Patou utilise beaucoup de roses et jasmins naturels, Jean m’a appris à en sélectionner les meilleures qualités en fonction des récoltes et nous passions en revue des dizaines d’échantillons. Les roses venaient de Bulgarie, Turquie, Maroc, et bien sûr la rose de mai venant de Grasse. Les jasmins quant à eux venaient d’Inde, Egypte, Italie et le magnifique jasmin de Grasse.  

Sans laboratoire à ma disposition, j’avais la chance de pouvoir emprunter le sien régulièrement pour y tester mes premières créations ; ainsi grâce à lui je gardais le contact avec les ingrédients et je me « faisais la main ». Il a fallu vraiment s’accrocher car ce métier est très hermétique. C’était le cas il y a 30 ans, ça l’est toujours  aujourd’hui.

Vivre de ma passion

Après quelques années difficiles mais une détermination intacte, je trouvais finalement mon premier emploi chez Etudes et Diffusions Olfactives. Puis chez KAO Corporation où mon métier s’est réellement affiné. J’y ai rencontré des gens formidables dont certains sont restés des amis chers. C’est en 1997 que je suis entré chez Jean Patou, retrouvant ainsi celui qui m’avait aidé dans mes années difficiles et qui, à nouveau, me sauvait des eaux, Jean Kerléo. Merci à Jean, vous avez été à votre tour mon ange bienfaiteur. Dans ces années magnifiques j’étais le parfumeur de Jean Patou, Lacoste et Yohji Yamamoto. Un tourbillon de bonheur et de créations.

Quand Jean Patou fut vendu à P&G en 2001, une nouvelle étape importante de ma vie arriva. Après la maison de couture traditionnelle et historique, je revenais dans l’univers du gigantisme. En 2008 après le rachat de Wella je devins le parfumeur de Rochas, une nouvelle corde à mon arc.

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Après la vente de Rochas en 2015, j’ai lancé ma Maison de parfum « Jean-Michel Duriez Paris », je goûte désormais le plaisir d’être à mon compte et de créer ma propre histoire. J’ai co-fondé cette Maison avec Guillaume Auffret que j’ai rencontré chez P&G dans les années Rochas, une fois encore le parcours d’un nez en l’air est truffé de belles rencontres.

Au fond, ce parcours démontre qu’il faut toujours sentir les changements et se déterminer uniquement selon ses convictions. Si on se fie à ce parcours il y aura sans doute d’autres rencontres, d’autres changements, puisque ma vie semble faite de tous ces pointillés enrichissants. J’ai eu la chance de rencontrer de nombreux artistes, créateurs, Pâtissiers, Chefs, Photographes, Stylistes, Écrivains, Graffeurs… Je suis très gourmand de rencontres.

Alors je garde le nez en l’air pour rêver et les yeux droits devant pour ne pas trébucher…

Jean-Michel Duriez.

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Commentaires

Pascale a dit

Pas qu'un nez ! Une jolie plume aussi..
J'attends avec impatience de pouvoir découvrir la suite de vos inspirations et de vos histoires de parfum...

Stéphane Lemonnier a dit

Et une bouille!! Jolies photos d'archives JM. En attendant la suite. Amitiés

MEYER VALERIE a dit

Bonsoir,
Voilà un bien sympathique compte-rendu
de vos études en parfumerie.

Maintenant c'est une très belle carrière professionnelle.

Salutations cordiales et parfumées.

Valérie *D a dit

Bonjour,
au détour d'un site d'information, je vous rencontre...Je suis toujours admirative d'un créateur, inventeur, rêveur au féminin aussi qui réalise sa passion d'enfance, de découverte ou d'un métier pour la vie. Que le Ve sens "aimer" soit au rdv de cette rencontre olfactive que je ne tarderai pas à découvrir ou humer au vent du plaisir 2017. Merci pour votre partage tout en rose et délicatesse :-)

Stéphanie a dit

Un texte authentique, plein d'humilité, et surtout plein de passion! Voilà le vrai parfum! Longue vie à vos créations!

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